Un guide clair des blocs commerciaux régionaux d'Afrique : qui appartient à la CEDEAO, à l'EAC, à la SADC, au COMESA, à la CEEAC et aux autres, comment ils fonctionnent, pourquoi ils se chevauchent et leur lien avec la ZLECAf.
Un pays, quatre groupements commerciaux
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La plupart des pays africains appartiennent à au moins deux groupements régionaux, et certains à trois ou quatre.
La République démocratique du Congo appartient à quatre des huit communautés économiques régionales reconnues par l'Union africaine. Elle est membre du Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA), de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC) et, depuis 2022, de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC).
Chacun de ces groupements a son propre traité, son propre secrétariat, ses propres règles douanières et ses propres règles pour décider quels produits sont considérés comme « locaux ». Une entreprise qui expédie des marchandises de Kinshasa à Lusaka peut suivre un ensemble de règles, tandis qu'une entreprise qui expédie de Goma à Kampala peut en suivre un autre.
La RDC n'est pas un cas à part. La plupart des pays africains appartiennent à au moins deux groupements régionaux, et certains à trois ou quatre. Au-dessus de ces accords se trouve la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), l'accord à l'échelle du continent conçu pour réunir les économies africaines en un marché unique. En septembre 2026, 50 pays avaient ratifié l'accord.
Pour qui cherche à comprendre comment les marchandises traversent les frontières africaines, le résultat peut ressembler à un enchevêtrement de sigles.
Dans le premier article de cette série, Comment lire une économie africaine, nous avons vu les chiffres qui décrivent une économie. Cet article s'intéresse aux groupements qui relient ces économies entre elles. Le but est de rendre ces sigles lisibles, pour que, lorsqu'un profil de pays indique qu'un pays est membre de la SADC mais pas de la SACU, ou de la CEDEAO mais utilise le franc CFA, cela ait un sens.
Vous trouverez à la fin un tableau des adhésions, à consulter au fil de la série.
Qu'est-ce qu'un bloc commercial ?
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La forme la plus simple est un accord pour appliquer des droits d'importation plus bas aux marchandises des autres membres.
Un bloc commercial est un groupe de pays qui s'accordent pour traiter les marchandises les uns des autres, et parfois les personnes, l'argent et les services, différemment de ceux des pays extérieurs.
La forme la plus simple est un accord pour appliquer des droits d'importation plus bas aux marchandises des autres membres. La forme la plus poussée est une monnaie commune gérée par une banque centrale commune. Entre ces deux extrêmes, les économistes décrivent en général une échelle en plusieurs étapes.
La première étape est une zone d'échanges préférentiels : les membres réduisent certains droits de douane sur certains produits, mais pas sur tous. Le COMESA est né en 1981 sous le nom de Zone d'échanges préférentiels de l'Afrique orientale et australe, avant de devenir un marché commun, au moins de nom, en 1994.
La deuxième étape est une zone de libre-échange. Les membres suppriment la plupart des droits de douane sur les échanges entre eux, mais chaque pays garde ses propres droits sur les marchandises venant de l'extérieur.
Comme ces droits extérieurs diffèrent, une zone de libre-échange a besoin de règles d'origine. Ce sont les règles qui permettent de dire si un produit « vient » vraiment d'un pays membre et peut donc entrer avec un droit réduit ou nul.
Sans elles, un commerçant pourrait importer des chaussures dans le pays membre où le droit sur les chaussures est le plus bas, puis les envoyer sans droit vers un autre membre. Les règles d'origine exigent en général qu'un produit soit entièrement fabriqué dans le pays membre, ou qu'il y soit suffisamment transformé, par exemple avec une part minimale de valeur locale ou un changement de sa classification douanière.
Pour les entreprises, c'est souvent avec les règles d'origine que les accords commerciaux deviennent compliqués en pratique. Elles impliquent des formalités, des certificats et parfois un changement de fournisseurs.
La troisième étape est une union douanière. Les membres gardent le libre-échange entre eux et adoptent aussi un tarif extérieur commun : le même droit d'importation sur les marchandises venant de l'extérieur, quel que soit le port du pays membre où elles arrivent.
Une fois les droits extérieurs harmonisés, il est moins nécessaire de vérifier l'origine aux frontières internes, et les membres peuvent négocier certains accords commerciaux avec le reste du monde en tant que groupe. L'Union douanière d'Afrique australe, la SACU, remonte à 1910.
La quatrième étape est un marché commun, qui ajoute la libre circulation des personnes, des services et des capitaux à celle des marchandises. Dans un marché commun, une infirmière d'un pays membre peut travailler dans un autre, une banque peut ouvrir des agences au-delà des frontières et les investisseurs peuvent déplacer leur argent plus librement.
De nombreux blocs africains ont signé des protocoles de marché commun, mais leur mise en œuvre complète a souvent été plus lente que leur signature.
La cinquième étape est une union économique et monétaire, dans laquelle les membres partagent une monnaie et coordonnent leurs politiques économiques. L'Afrique en compte deux grands exemples en fonctionnement : les zones franc CFA d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale, présentées plus bas.
Les ambitions inscrites dans les traités d'un bloc et ce que les entreprises peuvent réellement utiliser à la frontière ne sont pas toujours les mêmes. Plusieurs communautés africaines se présentent comme des marchés communs ou prévoient une union monétaire alors qu'elles travaillent encore à achever leur zone de libre-échange.
Quand nos profils de pays indiqueront qu'un pays appartient à un bloc, nous dirons aussi ce que cette adhésion signifie concrètement.
Les huit communautés reconnues par l'Union africaine
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La CEDEAO, Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest.
L'Union africaine considère huit communautés économiques régionales, souvent appelées CER, comme les piliers d'un futur marché continental. Elles sont présentées ici à peu près d'ouest en est et du nord au sud, avec ce que chacune a accompli jusqu'ici.
La CEDEAO, Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest. Fondée en 1975 par le traité de Lagos, la CEDEAO est l'un des blocs les plus anciens et les plus actifs du continent.
Depuis le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger en janvier 2025, la CEDEAO compte 12 membres : le Bénin, le Cabo Verde, la Côte d'Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo.
Son schéma de libéralisation des échanges, appelé SLE (ETLS en anglais), permet aux produits fabriqués dans les États membres qui remplissent les conditions de traverser les frontières sans droits d'importation, et elle a adopté un tarif extérieur commun en 2015.
La CEDEAO est aussi connue pour la libre circulation des personnes. Les citoyens des États membres peuvent en général voyager dans la communauté sans visa pour de courts séjours, selon les règles en vigueur, et le bloc a son propre passeport régional.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont officiellement quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025. Leurs relations commerciales avec les membres restants sont présentées plus bas.
La CEEAC, Communauté économique des États de l'Afrique centrale. Créée en 1983, la CEEAC compte traditionnellement 11 membres : l'Angola, le Burundi, le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, la République du Congo, la RDC, la Guinée équatoriale, le Gabon, le Rwanda et Sao Tomé-et-Principe.
Le Rwanda a annoncé son intention de quitter la CEEAC après le sommet de Malabo de juin 2025, en reprochant au bloc la façon dont son tour à la présidence tournante avait été traité. Comme le statut officiel de ce retrait n'est pas encore clair, le Rwanda est signalé à part dans le tableau ci-dessous.
L'intégration commerciale de la CEEAC a avancé plus lentement que celle de la CEDEAO ou de l'EAC, en partie à cause du manque de liaisons de transport dans le bassin du Congo et des conflits dans plusieurs États membres. Six de ses membres forment aussi la CEMAC, une union douanière et monétaire plus étroite, présentée plus bas.
L'UMA, Union du Maghreb arabe. Créée en 1989, l'UMA regroupe l'Algérie, la Libye, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie.
Elle est en grande partie à l'arrêt. Les tensions politiques entre l'Algérie et le Maroc, dont la frontière terrestre est fermée depuis 1994, ont empêché l'union de faire de réels progrès vers l'intégration régionale.
Les pays d'Afrique du Nord commercent entre eux par d'autres accords, dont le COMESA et la ZLECAf, et leurs échanges avec l'Europe restent bien plus importants que leurs échanges entre eux.
La CEN-SAD, Communauté des États sahélo-sahariens. Fondée en 1998 avec le soutien de la Libye, la CEN-SAD réunit plus de 20 pays qui s'étendent à travers le Sahel et une partie de l'Afrique du Nord, de l'Ouest, du Centre et de l'Est.
Ses travaux ont porté sur la coopération économique, politique et sécuritaire, mais elle n'offre pas aujourd'hui de cadre de libre-échange qui fonctionne comme ceux de l'EAC ou du COMESA.
L'IGAD, Autorité intergouvernementale pour le développement. L'IGAD couvre la Corne de l'Afrique et la région du Haut-Nil.
Ses membres actuels sont Djibouti, l'Éthiopie, le Kenya, la Somalie, le Soudan du Sud, le Soudan et l'Ouganda. L'Érythrée a suspendu son adhésion en avril 2007, l'a réactivée en 2023, puis s'est officiellement retirée de nouveau en décembre 2025.
Le travail de l'IGAD a surtout porté sur la médiation pour la paix, la réponse aux sécheresses et la sécurité alimentaire plutôt que sur la baisse des droits de douane, même si elle a aussi travaillé sur la circulation des personnes dans la région.
L'EAC, Communauté d'Afrique de l'Est. Dans sa forme actuelle, l'EAC a été recréée en 2000 par le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda, après l'effondrement d'une première version en 1977.
Elle compte aujourd'hui huit membres : le Burundi, la RDC, le Kenya, le Rwanda, la Somalie, le Soudan du Sud, la Tanzanie et l'Ouganda. La Somalie est la dernière à l'avoir rejointe, en 2024.
L'EAC est en général considérée comme l'une des plus intégrées parmi les grandes CER africaines. Elle a une union douanière avec un tarif extérieur commun depuis 2005 et un protocole de marché commun depuis 2010.
Elle a aussi développé des infrastructures communes comme les postes frontières à guichet unique, où les camions accomplissent les formalités douanières de deux pays au même point de passage. Les citoyens de certains États membres peuvent aussi se rendre dans d'autres avec leur carte d'identité nationale.
Le COMESA, Marché commun de l'Afrique orientale et australe. Avec 21 membres, le COMESA s'étend de la Tunisie et de l'Égypte au nord jusqu'à l'Eswatini au sud.
Ses membres sont le Burundi, les Comores, la RDC, Djibouti, l'Égypte, l'Érythrée, l'Eswatini, l'Éthiopie, le Kenya, la Libye, Madagascar, le Malawi, Maurice, le Rwanda, les Seychelles, la Somalie, le Soudan, la Tunisie, l'Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe.
La plupart des membres commercent dans le cadre de sa zone de libre-échange, lancée en 2000, mais être membre du COMESA ne signifie pas automatiquement participer à cette zone.
Le COMESA a aussi mis en place des outils pratiques, dont un régime commercial simplifié pour certains petits commerçants transfrontaliers, une garantie régionale de cautionnement douanier pour les marchandises en transit et un système de carte jaune pour l'assurance des véhicules d'un pays à l'autre.
La SADC, Communauté de développement de l'Afrique australe. La SADC compte 16 membres : l'Angola, le Botswana, les Comores, la RDC, l'Eswatini, le Lesotho, Madagascar, le Malawi, Maurice, le Mozambique, la Namibie, les Seychelles, l'Afrique du Sud, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe.
Sa zone de libre-échange a été lancée en 2008. Le bloc a aussi travaillé sur les infrastructures, le développement industriel et les liaisons de transport régionales, ce qui en fait un cadre important pour le commerce en Afrique australe.
Les petites unions qui font une grande partie du travail concret
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La CEMAC, Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale.
Les huit CER attirent l'essentiel de l'attention, mais trois groupements plus petits, situés à l'intérieur de celles-ci, sont parmi les plus intégrés du continent. Ils comptent beaucoup pour quiconque commerce dans les pays qu'ils couvrent.
La SACU, Union douanière d'Afrique australe. La SACU a été créée en 1910, ce qui en fait la plus ancienne union douanière encore en activité.
Ses membres sont le Botswana, l'Eswatini, le Lesotho, la Namibie et l'Afrique du Sud. Les marchandises circulent entre eux sans droits d'importation, et les cinq appliquent le même tarif sur les marchandises venant de l'extérieur.
Ce qui rend la SACU particulière, c'est sa gestion de l'argent. Les droits de douane et d'accise perçus par les cinq membres sont versés dans un fonds commun, puis répartis selon une formule.
Comme la plupart des marchandises qui entrent dans la région arrivent par les ports sud-africains, et comme les petits membres importent beaucoup d'Afrique du Sud, ce fonds est une source importante de recettes publiques pour le Lesotho et l'Eswatini.
Le Lesotho, l'Eswatini et la Namibie font aussi partie de la Zone monétaire commune, qui lie leurs monnaies au rand sud-africain. Le rand circule à côté de leurs propres monnaies dans ces pays.
L'UEMOA, Union économique et monétaire ouest-africaine, appelée WAEMU en anglais.
L'UEMOA compte huit membres : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.
Ils partagent une union douanière et le franc CFA d'Afrique de l'Ouest, émis par une banque centrale commune, la BCEAO, dont le siège est à Dakar. La monnaie est rattachée à l'euro à un taux fixe de 655,957 francs CFA pour un euro.
En décembre 2019, les gouvernements membres et la France ont annoncé des réformes qui ont mis fin à l'obligation de déposer la moitié des réserves de change de l'union au Trésor français et retiré les représentants français des instances de la banque centrale. Ces réformes prévoyaient aussi de renommer la monnaie « Eco ».
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger sont restés dans l'UEMOA et continuent d'utiliser le franc CFA, même après avoir quitté la CEDEAO.
La CEMAC, Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale. La CEMAC est l'équivalent pour l'Afrique centrale.
Ses six membres sont le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, la République du Congo, la Guinée équatoriale et le Gabon.
Ils utilisent le franc CFA d'Afrique centrale, émis par la BEAC à Yaoundé, lui aussi rattaché à l'euro au même taux. Les deux francs CFA ont la même valeur mais sont des monnaies distinctes, et l'un n'a pas cours légal dans la zone de l'autre.
Ces unions comptent concrètement pour les entreprises.
Dans la SACU, un fabricant sud-africain peut vendre en Namibie ou au Botswana sans payer de droit d'importation à la frontière interne. Dans les zones franc CFA, une entreprise présente dans plusieurs pays membres ne subit pas de variations de change entre ces pays, puisqu'ils partagent une monnaie.
En contrepartie, les membres ont moins de marge pour mener une politique monétaire indépendante, surtout quand leur monnaie est rattachée à une monnaie extérieure comme l'euro.
Pourquoi les adhésions se chevauchent, et pourquoi cela compte
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Appartenir à plusieurs blocs donne accès à plusieurs marchés, et les blocs peuvent servir de passerelles.
Les blocs africains se chevauchent parce qu'ils ont été créés à des moments différents et pour des raisons différentes.
Certains sont issus d'arrangements de l'époque coloniale, comme la SACU et les zones franc CFA. Certains ont été créés pour le commerce, d'autres pour la sécurité ou la lutte contre la sécheresse, d'autres encore pour la coopération politique.
Les pays ont rejoint les groupements qui servaient leurs intérêts à l'époque, et peu les ont quittés simplement parce qu'une autre organisation régionale était apparue plus tard.
Au fil des décennies, cela a créé ce que les économistes appellent un « bol de spaghettis », une expression qui désigne un enchevêtrement d'accords commerciaux qui se chevauchent.
Ce chevauchement est bien visible en Afrique de l'Est et australe.
Le Kenya est membre de l'EAC, du COMESA et de l'IGAD, ainsi que de la CEN-SAD. La Tanzanie est membre de l'EAC et de la SADC, et a quitté le COMESA. La Zambie et le Zimbabwe sont à la fois dans le COMESA et la SADC. La RDC, on l'a vu au début, est membre de quatre CER.
Ce chevauchement crée trois problèmes concrets.
Le premier concerne les unions douanières. Un pays peut appartenir à plusieurs zones de libre-échange, mais il ne peut pas, en toute logique, appliquer deux tarifs extérieurs communs différents aux mêmes importations en même temps.
La Tanzanie, par exemple, applique le tarif extérieur commun de l'EAC. Si un autre bloc met en place un tarif d'union douanière différent, la Tanzanie doit gérer avec soin les obligations qui en découlent.
Le deuxième problème, ce sont les règles d'origine.
Chaque accord commercial a ses propres règles pour décider d'où vient un produit. Une usine de vêtements en Zambie qui exporte vers le Kenya peut utiliser les règles du COMESA, alors que la même usine qui exporte vers la Tanzanie devra tenir compte des règles de la SADC. Les deux accords peuvent traiter différemment le tissu importé ou la transformation locale.
Pour une petite entreprise, savoir quel certificat et quelle règle s'appliquent à quel client ajoute des coûts et du travail administratif.
Le troisième problème est celui des moyens.
Chaque adhésion entraîne des réunions, des rapports à produire, des cotisations annuelles à un secrétariat et des engagements à mettre en œuvre. Les gouvernements qui ont peu d'agents spécialisés dans le commerce doivent les répartir entre plusieurs organisations, ce qui peut ralentir la mise en application des accords.
Le chevauchement a aussi des avantages.
Appartenir à plusieurs blocs donne accès à plusieurs marchés, et les blocs peuvent servir de passerelles. L'adhésion du Kenya à l'EAC et au COMESA, par exemple, donne aux exportateurs kényans un accès préférentiel aux autres marchés de l'EAC et aux marchés du COMESA comme l'Égypte et la Zambie.
La question pour le continent est de garder les avantages tout en réduisant la confusion.
Deux des réponses les plus importantes à ce jour sont la Zone de libre-échange tripartite et la ZLECAf.
Comment la carte a changé depuis 2022
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La Somalie a apporté une longue façade sur l'océan Indien et un lien stratégique avec la Corne de l'Afrique.
Les adhésions aux blocs africains ne sont pas figées, et plusieurs changements de ces dernières années pèsent sur la façon dont le commerce fonctionne aujourd'hui.
Les États du Sahel ont quitté la CEDEAO
Le 29 janvier 2025, le Burkina Faso, le Mali et le Niger se sont officiellement retirés de la CEDEAO, un an après avoir annoncé leur décision.
Les relations s'étaient dégradées après la prise du pouvoir par des gouvernements militaires dans les trois pays. La CEDEAO avait répondu par des sanctions et, après le coup d'État de juillet 2023 au Niger, par la menace d'une intervention militaire.
Les trois pays avaient déjà formé leur propre groupement, l'Alliance des États du Sahel (AES), en septembre 2023. D'abord pacte de défense, elle a ensuite ajouté des projets de coopération politique et économique plus étroite.
La CEDEAO a demandé à ses membres restants de continuer à reconnaître les passeports et documents d'identité délivrés par les trois pays et de continuer à appliquer ses règles commerciales à leurs marchandises, le temps de mettre au point de nouveaux arrangements.
Cela ne veut pas dire que les relations commerciales sont restées inchangées.
En mars 2025, les pays de l'AES ont adopté un prélèvement communautaire de 0,5 % sur les importations venant de pays hors AES, à l'exception des pays de l'UEMOA. Ce prélèvement a remplacé un prélèvement similaire de la CEDEAO qui s'appliquait jusque-là aux importations.
Pour les entreprises qui commercent entre l'AES et la CEDEAO, la situation est donc plus compliquée qu'une simple continuité des anciennes règles de la CEDEAO.
Les trois pays de l'AES sont aussi enclavés et dépendent fortement des corridors de transport qui passent par des voisins côtiers comme la Côte d'Ivoire, le Togo, le Ghana et le Bénin. En même temps, ils restent membres de l'UEMOA et continuent d'utiliser le franc CFA d'Afrique de l'Ouest.
L'EAC s'est étendue vers l'est et vers l'ouest
La RDC a rejoint l'EAC en 2022 et la Somalie en 2024, ce qui porte le nombre de membres à huit.
L'entrée de la RDC a étendu le bloc jusqu'à la côte atlantique et y a ajouté l'une des plus grandes économies minières d'Afrique. La Somalie a apporté une longue façade sur l'océan Indien et un lien stratégique avec la Corne de l'Afrique.
Les deux pays sont encore en train d'appliquer concrètement les règles de l'EAC, et le conflit dans l'est de la RDC a tendu les relations entre la RDC et le Rwanda, tous deux membres de l'EAC.
La Zone de libre-échange tripartite est entrée en vigueur
En 2008, le COMESA, l'EAC et la SADC ont convenu de créer une zone de libre-échange unique couvrant les trois blocs, en partie pour régler le problème des adhésions qui se chevauchent.
L'accord a été signé en 2015 et est entré en vigueur le 25 juillet 2024, après que l'Angola est devenu le 14e pays à le ratifier.
Il couvre 29 États membres et partenaires, de l'Égypte et de la Libye jusqu'à l'Afrique du Sud. Ensemble, ces pays comptent environ 800 millions d'habitants et représentent plus de la moitié des membres de l'Union africaine.
Les États qui avaient ratifié l'accord au moment de son entrée en vigueur représentaient environ les trois quarts du PIB du groupe.
L'accord est en vigueur, mais son application concrète dépend encore de la finalisation des listes tarifaires des membres et de l'application des règles convenues. Son intérêt est d'offrir un cadre qui relie les trois grands blocs régionaux et de créer une passerelle de plus vers la ZLECAf.
L'Érythrée a de nouveau quitté l'IGAD
L'Érythrée a suspendu son adhésion à l'IGAD en 2007, l'a réactivée en 2023, puis s'est retirée de nouveau en décembre 2025.
Ce retrait a peu d'effets directs sur le commerce, car les échanges officiels de l'Érythrée avec ses voisins restent assez faibles, mais il change la carte institutionnelle de la Corne de l'Afrique.
La place de la ZLECAf
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Les huit premiers pays participants étaient le Cameroun, l'Égypte, le Ghana, le Kenya, Maurice, le Rwanda, la Tanzanie et la Tunisie.
La Zone de libre-échange continentale africaine a été signée à Kigali en mars 2018 et est entrée en vigueur le 30 mai 2019. Les échanges dans son cadre ont officiellement commencé le 1er janvier 2021, et son secrétariat est installé à Accra.
Tous les membres de l'Union africaine sauf l'Érythrée l'ont signée.
En septembre 2026, 50 pays avaient ratifié l'accord. Parmi les 54 pays du tableau ci-dessous, le Bénin, la Libye, le Soudan du Sud et le Soudan l'avaient signé sans le ratifier, et l'Érythrée ne l'avait pas signé.
Le chiffre de 50 ratifications sur le continent comprend la République arabe sahraouie démocratique, qui ne figure pas comme pays distinct dans le tableau de 54 pays utilisé dans cet article. C'est pourquoi compter seulement les pays du tableau donne un chiffre différent.
La ZLECAf ne remplace pas les blocs régionaux.
Son accord fondateur considère les CER comme les piliers du marché continental. Là où une CER est déjà allée plus loin que la ZLECAf, par exemple avec une union douanière ou la libre circulation des personnes, les membres peuvent garder entre eux ces arrangements plus poussés.
En pratique, un exportateur kényan qui vend en Ouganda continuera en général d'utiliser les règles de l'EAC, alors qu'un exportateur kényan qui vend au Ghana ou en Égypte pourra utiliser les préférences de la ZLECAf là où les réductions tarifaires et les procédures concernées sont en vigueur.
C'est ce second type d'échanges, entre pays de blocs différents, que la ZLECAf rend nouveau.
Avant la ZLECAf, un fabricant nigérian qui vendait au Kenya ou un fabricant marocain qui vendait en Côte d'Ivoire n'avait aucun accord préférentiel à l'échelle du continent à utiliser. Dans le cadre de la ZLECAf, les membres se sont engagés à supprimer les droits de douane sur 90 % des lignes tarifaires en cinq ans, ou en dix ans pour les pays les moins avancés, avec 7 % supplémentaires de produits sensibles traités sur une plus longue durée et jusqu'à 3 % pouvant être exclus.
Ces engagements ne deviennent utilisables pour une route commerciale donnée qu'une fois la liste tarifaire concernée approuvée et mise en œuvre dans le pays. C'est pourquoi le commerce sous la ZLECAf a démarré pays par pays plutôt que partout en même temps.
Pour montrer que le système pouvait fonctionner avant que toutes les listes soient terminées, le secrétariat a lancé l'Initiative de commerce guidé le 7 octobre 2022.
Les huit premiers pays participants étaient le Cameroun, l'Égypte, le Ghana, le Kenya, Maurice, le Rwanda, la Tanzanie et la Tunisie.
L'initiative a permis à certains produits de circuler de façon encadrée entre les pays participants sous les préférences de la ZLECAf, pendant que la mise en œuvre se poursuivait.
Une partie importante des règles de la ZLECAf a aussi avancé. Les négociations sur les règles d'origine pour les véhicules et pour le textile et l'habillement sont terminées, avec notamment un accord sur une exigence de 40 % de contenu local pour les véhicules. Dans ces secteurs, le travail restant porte sur les listes tarifaires et leur mise en œuvre, et non plus sur les règles d'origine.
La ZLECAf ne concerne pas que les marchandises.
Elle comprend des protocoles sur le commerce des services, l'investissement, la politique de concurrence, la propriété intellectuelle, le commerce numérique, et les femmes et les jeunes dans le commerce, à différents stades d'adoption et de mise en œuvre.
À côté, le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), développé avec Afreximbank, vise à permettre aux entreprises d'effectuer des paiements transfrontaliers en monnaies africaines sans faire passer chaque transaction par le dollar américain ou une autre monnaie intermédiaire.
Nous avons examiné en détail si la ZLECAf peut tenir ses promesses dans notre série Building Africa, nous ne reprendrons donc pas cette analyse ici.
Pour lire les profils de pays, l'essentiel est que la ZLECAf existe à côté des CER. Quand nous décrirons l'accès commercial d'un pays, nous indiquerons à la fois ses adhésions aux CER et son statut vis-à-vis de la ZLECAf, y compris si les arrangements tarifaires concernés sont en vigueur.
Ce que cela signifie pour une entreprise
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Là où elle ne s'applique pas, les visas et les permis de travail font partie du coût d'entrée sur un marché.
Pour qui vend ou achète au-delà des frontières africaines, l'appartenance aux blocs répond à quelques questions concrètes avant la signature d'un contrat.
La première : les marchandises peuvent-elles entrer sans droits de douane, et dans le cadre de quel accord ?
Deux pays peuvent avoir plusieurs accords en commun, et le meilleur à utiliser dépend du produit, de son droit de douane et de la facilité avec laquelle il remplit les règles d'origine de chaque accord.
La deuxième : de quels documents les marchandises ont-elles besoin ?
L'entrée en franchise dans le cadre d'un accord commercial exige en général une preuve d'origine délivrée dans le pays exportateur, et parfois des certificats de conformité aux normes. Une cargaison qui remplit les conditions sur le papier peut quand même rencontrer des problèmes à la frontière si les documents demandés manquent ou sont mal remplis.
La troisième : comment les marchandises vont-elles physiquement circuler ?
Les accords commerciaux peuvent réduire les droits de douane, mais ils ne raccourcissent pas les routes et ne vident pas les files d'attente dans les ports. Les pays enclavés comme l'Ouganda, la Zambie, le Rwanda, le Mali et le Niger dépendent des ports et des systèmes de transit de leurs voisins. Les règles sur les cautions de transit, les limites de charge à l'essieu et les postes frontières à guichet unique peuvent donc compter presque autant que les baisses de droits pour une entreprise.
La quatrième : la monnaie.
Commercer à l'intérieur des zones franc CFA ou de la Zone monétaire commune supprime le risque de change entre les pays participants. Commercer d'une zone à l'autre, ou entre pays qui ont des monnaies différentes, ne le supprime pas.
Le coût de la conversion entre monnaies africaines peut encore être élevé, en particulier pour les petites entreprises.
La cinquième : les personnes et les services.
La libre circulation dans la CEDEAO et l'EAC peut faciliter l'envoi de personnel, les visites aux clients ou l'ouverture d'une agence. Là où elle ne s'applique pas, les visas et les permis de travail font partie du coût d'entrée sur un marché.
Les blocs déterminent aussi l'ordre de cette série.
Nos profils de pays avancent région par région, pour que chaque pays puisse être lu à côté des voisins avec lesquels il commerce le plus. Après chaque région, nous publierons un bilan comparant les échanges entre ses membres.
Chaque profil comprendra une courte partie sur les accords commerciaux, avec les CER dont le pays est membre, son éventuelle union douanière ou monétaire, son statut vis-à-vis de la ZLECAf et ce que ces arrangements signifient pour une entreprise qui veut y vendre.
Le prochain et dernier article d'ouverture, Les 54 marchés africains en un coup d'œil, donne une vue d'ensemble de toutes les économies du continent, avec leur taille, leurs principales exportations et leur place sur cette carte des blocs. Il servira de page d'accueil de la série.
Les adhésions en un coup d'œil
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Vérifiez le statut officiel auprès du secrétariat de la CEEAC avant de considérer ce retrait comme effectif.
Les pays sont classés par région de l'Union africaine. La CEN-SAD n'y figure pas, car ses membres changent souvent et elle n'offre pas aujourd'hui de cadre de libre-échange qui fonctionne.
La colonne « ZLECAf » indique le statut retenu pour cet article en septembre 2026.
Pays
Région UA
Communautés économiques régionales
Union douanière ou monétaire
ZLECAf
Algérie
Nord
UMA
Aucune
Ratifiée
Égypte
Nord
COMESA
Aucune
Ratifiée
Libye
Nord
UMA, COMESA
Aucune
Signée, non ratifiée
Mauritanie
Nord
UMA
Aucune
Ratifiée
Maroc
Nord
UMA
Aucune
Ratifiée
Tunisie
Nord
UMA, COMESA
Aucune
Ratifiée
Bénin
Ouest
CEDEAO
UEMOA (franc CFA)
Signée, non ratifiée
Burkina Faso
Ouest
Aucune des sept ci-dessus ; a quitté la CEDEAO en 2025
UEMOA (franc CFA) ; AES
Ratifiée
Cabo Verde
Ouest
CEDEAO
Aucune
Ratifiée
Côte d'Ivoire
Ouest
CEDEAO
UEMOA (franc CFA)
Ratifiée
Gambie
Ouest
CEDEAO
Aucune
Ratifiée
Ghana
Ouest
CEDEAO
Aucune
Ratifiée
Guinée
Ouest
CEDEAO
Aucune
Ratifiée
Guinée-Bissau
Ouest
CEDEAO
UEMOA (franc CFA)
Ratifiée
Liberia
Ouest
CEDEAO
Aucune
Ratifiée
Mali
Ouest
Aucune des sept ci-dessus ; a quitté la CEDEAO en 2025
UEMOA (franc CFA) ; AES
Ratifiée
Niger
Ouest
Aucune des sept ci-dessus ; a quitté la CEDEAO en 2025
UEMOA (franc CFA) ; AES
Ratifiée
Nigeria
Ouest
CEDEAO
Aucune
Ratifiée
Sénégal
Ouest
CEDEAO
UEMOA (franc CFA)
Ratifiée
Sierra Leone
Ouest
CEDEAO
Aucune
Ratifiée
Togo
Ouest
CEDEAO
UEMOA (franc CFA)
Ratifiée
Burundi
Centre
EAC, COMESA, CEEAC
Aucune
Ratifiée
Cameroun
Centre
CEEAC
CEMAC (franc CFA)
Ratifiée
République centrafricaine
Centre
CEEAC
CEMAC (franc CFA)
Ratifiée
Tchad
Centre
CEEAC
CEMAC (franc CFA)
Ratifiée
République du Congo
Centre
CEEAC
CEMAC (franc CFA)
Ratifiée
RD Congo
Centre
CEEAC, EAC, COMESA, SADC
Aucune
Ratifiée
Guinée équatoriale
Centre
CEEAC
CEMAC (franc CFA)
Ratifiée
Gabon
Centre
CEEAC
CEMAC (franc CFA)
Ratifiée
Sao Tomé-et-Principe
Centre
CEEAC
Aucune
Ratifiée
Comores
Est
COMESA, SADC
Aucune
Ratifiée
Djibouti
Est
IGAD, COMESA
Aucune
Ratifiée
Érythrée
Est
COMESA
Aucune
Non signée
Éthiopie
Est
IGAD, COMESA
Aucune
Ratifiée
Kenya
Est
EAC, COMESA, IGAD
Aucune
Ratifiée
Madagascar
Est
COMESA, SADC
Aucune
Ratifiée
Maurice
Est
COMESA, SADC
Aucune
Ratifiée
Rwanda
Est
EAC, COMESA, CEEAC*
Aucune
Ratifiée
Seychelles
Est
COMESA, SADC
Aucune
Ratifiée
Somalie
Est
EAC, COMESA, IGAD
Aucune
Ratifiée
Soudan du Sud
Est
EAC, IGAD
Aucune
Signée, non ratifiée
Soudan
Est
COMESA, IGAD**
Aucune
Signée, non ratifiée
Tanzanie
Est
EAC, SADC
Aucune
Ratifiée
Ouganda
Est
EAC, COMESA, IGAD
Aucune
Ratifiée
Angola
Australe
SADC, CEEAC
Aucune
Ratifiée
Botswana
Australe
SADC
SACU
Ratifiée
Eswatini
Australe
SADC, COMESA
SACU ; Zone monétaire commune
Ratifiée
Lesotho
Australe
SADC
SACU ; Zone monétaire commune
Ratifiée
Malawi
Australe
SADC, COMESA
Aucune
Ratifiée
Mozambique
Australe
SADC
Aucune
Ratifiée
Namibie
Australe
SADC
SACU ; Zone monétaire commune
Ratifiée
Afrique du Sud
Australe
SADC
SACU ; Zone monétaire commune
Ratifiée
Zambie
Australe
SADC, COMESA
Aucune
Ratifiée
Zimbabwe
Australe
SADC, COMESA
Aucune
Ratifiée
* Le Rwanda a annoncé en 2025 son intention de quitter la CEEAC. Vérifiez le statut officiel auprès du secrétariat de la CEEAC avant de considérer ce retrait comme effectif.
** Le Soudan a suspendu sa participation à l'IGAD en janvier 2024, mais figurait toujours parmi ses membres lors du retrait de l'Érythrée en décembre 2025. Vérifiez sa situation auprès de l'IGAD avant de vous fier à cette indication.
Être membre d'une CER ne veut pas toujours dire participer pleinement à ses accords commerciaux. Certains membres du COMESA, par exemple, n'ont pas rejoint sa zone de libre-échange, et l'adhésion à une organisation régionale ne signifie pas que chaque protocole est entièrement appliqué.
Avant de vous appuyer sur un droit de douane, un certificat, une règle de libre circulation ou une procédure douanière précise, vérifiez sa situation actuelle auprès du secrétariat concerné ou de l'autorité commerciale nationale.